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Union Européenne : Adhésion
de la Turquie, Illusion ou réalité
Les tensions entre les Quinze et Ankara sur les réformes nécessaires
pour une adhésion ont relancé en Turquie le soupçon
d'un refus de son adhésion, mais aussi les interrogations sur la
volonté du régime de se plier aux normes
européennes.
Sous un titre provocateur: "La Turquie dans l'UE, illusion ou réalité?"
le quotidien de langue anglaise Turkish Daily News a publié la
semaine dernière une série d’articles à ce propos
d'économistes et universitaires turcs tendant à donner l'image
désabusée d'un grand jeu dans lequel chaque partie tient
son rôle en faisant semblant d'y croire.
Pour le professeur Erol Manisali, enseignant en économie à
l'Université d'Istanbul, il n'y a aucun soutien de la société
civile européenne à la candidature turque. "Ni les dirigeants
des partis, ni les syndicats, ni les
peuples européens ne veulent de la Turquie", estime-t-il.
Selon M. Manisali, les responsables politiques turcs en sont conscients
mais "jouent un grand jeu" en tentant d'en retirer un avantage personnel.
Selon lui, "la lutte pour les droits fondamentaux et la démocratisation
devrait se dérouler au parlement turc, et pas sous la pression
de l'Europe".
Tout récemment encore, la Turquie a manifesté sa colère
devant l'inclusion dans le partenariat d'adhésion qu’il lui a été
proposé par la Commission européenne, du problème
de Chypre dont la partie Nord est sous occupation turque depuis 1974.
Suite a quoi, le Premier ministre Bulent Ecevit a accusé les européens
de l'avoir "trompée".
Enfin, l’adoption par le Parlement Européen d’un amendement conditionnent
la reconnaissance du génocide arménien comme condition préalable
à son adhésion (comme le stipule déjà la résolution
du 18 juin 1987) fait douter de plus en plus Ankara sur la volonté
de l’Union européenne de l’intégrer en son sein. En moins
de deux semaines, la diplomatie avait du céder face au Parlement
Européen dont le vote avait succédé celui du Sénat
français et précédé celui du Parlement italien,
"La Turquie est consciente qu'elle ne peut devenir un membre à
part entière
(de l'UE). Mais les dirigeants turcs préfèrent tirer le
pays vers une adhésion à long terme, voire impossible, plutôt
que de le laisser de côté sans objectif", estime l'économiste
Mustafa Sonmez.
Pour l’homme d'affaires Ishak Alaton, une "minorité de 5%, mais
qui est au gouvernement, résiste à tout changement pour
s'adapter aux normes européennes", composée "d'un bon nombre
de politiciens et de la bureaucratie militaro-civile. C'est un poids qui
encombre la Turquie ". Il juge cependant que la Turquie a des chances
d'adhérer d'ici une dizaine d’années à l’Union Européenne
à condition qu'elle "se débarrasse de ce poids".
Le professeur Bakir Caglar, de la faculté de droit à l'Université
d'Istanbul, croit de son côté que l'UE est "un mirage" et
estime que les dirigeants turcs ne sont pas sincères. "La Turquie
joue un rôle tactique vis à vis de l'Union
Européenne et cherche à gagner du temps jusqu'en 2004",
estime-t-il, ajoutant que d'ici là, l’actuel gouvernement ne sera
de toute façon plus en place.
Sur le refus du gouvernement de lier la résolution du problème
de Chypre à sa candidature, il estime que "même si la Turquie
est sifflé hors jeu, ce n'est pas un match de football, mais une
lutte de pouvoir. Si la Turquie ne fait pas ce qu'on lui demande, elle
peut oublier l'UE". ( 04.12.2000)
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